Tout semble cohérent, vu de loin, dans le magistère catholique : la relation sexuelle est ordonnée à la finalité de la procréation. Les actes homosexuels sont donc "intrinsèquement désordonnés."
Mais à regarder de près, le magistère se permet parfois des adaptations étonnantes, qui montrent que ces discours ne fonctionnent pas par une déduction logique absolue... Regardons de près.
1. Tout semble clair !
Pour bien comprendre, précisons le vocabulaire : ce que le langage de l'Eglise appelle "acte conjugal", "actes propres à la vie conjugale", c'est ce que dans le langage courant on appelle "faire
l'amour".
On lit dans Vatican II :
Le mariage et l’amour conjugal sont d’eux-mêmes ordonnés à la procréation et à l’éducation.
(Gaudium et Spes, §50 Fécondité du mariage)
Dans l'encyclique Humanae Vitae sur la régulation des naissances :
Cette doctrine, plusieurs fois exposée par le Magistère, est fondée sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l'homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de
l'acte conjugal: union et procréation. (Humanae Vitae §12)
Dans "Persona Humana" :
Il (le Concile) déclare à ce propos que la bonté morale des actes propres à la vie conjugale, ordonnés selon la véritable dignité humaine, "ne dépend pas uniquement de la sincérité de l’intention
et de l’appréciation des motifs, mais doit se déterminer selon des critères objectifs, tirés de la nature de la personne et de ses actes, et qui respectent le sens intégral d’un don réciproque et
d’une procréation humaine dans le contexte d’un amour vrai" (Persona Humana, §Finalité de l'acte sexuel dans le mariage légitime)
Et enfin dans le Code de Droit Canonique :
Pour qu'il puisse y avoir consentement matrimonial, il faut que les contractants n'ignorent pas pour le moins que le mariage est une communauté permanente entre l'homme et la femme, ordonnée à la
procréation des enfants par quelque coopération sexuelle. (Canon 1096 §1)
2. La conséquence est claire : un rapport homosexuel, incapable d'aboutir à la finalité de la procréation, est immoral
On lit ainsi dans "Homosexualitatis Problema"
Déjà dans sa " Déclaration sur quelques questions d'éthique sexuelle ", du 29 décembre 1975, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi avait explicitement traité de ce problème. Dans cette
Déclaration, on soulignait le devoir de chercher à comprendre la condition homosexuelle et on observait combien la culpabilité des actes homosexuels devait être jugée avec prudence. En même
temps, la Congrégation tenait compte de la distinction faite communément entre la condition ou tendance homosexuelle et les actes homosexuels. Ces derniers étaient décrits comme des actes qui
sont privés de leur finalité essentielle et indispensable, des actes " intrinsèquement désordonnés " et, en tant que tels, ne pouvant en aucun cas être approuvés (cf. n. 8, § 4).
(Homosexualitatis Problema, §3)
Et dans le "Catéchisme"
Ils (les actes homosexuels) ferment l’acte sexuel au don de la vie (§2357)
3. Prenez alors cinq minutes pour réfléchir...
Avec de tels principes, l'Eglise accepte-t-elle de célébrer un mariage lorsqu'un des deux se sait stérile, ou bien lorsque les conjoints sont trop âgés pour pouvoir procréer ?
Vous avez bien réfléchi ?
Vous avez bien tiré les conséquences logiques des principes exposés au 1er point ? Alors lisez ce qui suit :
La stérilité n'empêche ni ne dirime le mariage (Canon 1083 §3)
Si les futurs époux sont avancés en âge, on omettra la question suivante :
Êtes-vous prêts à accueillir les enfants que Dieu vous donne et à les éduquer selon l'Evangile du Christ et dans la foi de l'Eglise ?
(Nouveau Rituel de la Célébration du Mariage, 71)
Si l'une des deux parties ne peut pas avoir d'enfants, cela n'invalide pas le mariage contracté et consommé.
Le désir de vivre une relation en vérité devant Dieu peut conduire un couple non marié à demander de vivre dans le mariage à tout âge, à tout moment. Il n'y a pas un âge où il serait indécent de
se marier devant Dieu et devant l'Eglise.
(SNPLS, Guide Pastoral du Nouveau Rituel, p. 85)
La question de la fécondité n'est pas, certes, l'unique argument de la doctrine de l'Eglise à propos de l'homosexualité. Mais c'est un argument qu'elle utilise fréquemment, sans se rendre compte
qu'elle se permet parfois d'y déroger sans scrupules. Je suis plein d'admiration pour cette souplesse doctrinale de l'Eglise... dont j'espère qu'elle fera des petits !
La plupart des textes sont disponibles en ligne sur www.vatican.va (dans Textes fondamentaux pour le Concile, le Catéchisme et le Code de Droit Canonique, dans
Archives des Papes / Paul VI / Encycliques pour Humanae Vitae, dans Congrégations / Doctrine de la Foi pour Persona Humana et Homosexualitatis Problema)