Mes amis ont manifesté dimanche...

Publié le par Père Jonathan

C'est un étrange privilège d'être prêtre, gay, et dans le placard : je me retrouve avec plein d'amis qui ont manifesté le 14 janvier contre le projet de loi sur le "mariage pour tous", et qui me le racontent avec enthousiasme. C'est l'occasion d'entendre les motivations de tous ces manifestants, qui ne sont pas tous ni "humoriste cathodique" ni "homosexuel pro-magistère", mais simplement de braves chrétiens du terrain.

 

Je dois le reconnaître, même si ça me casse les pieds : beaucoup sont des chrétiens honnêtes et pacifiques, pas spécialement en rupture avec la modernité, pas du tout tendance Civitas ni FSSPX, et qui se sentent en toute bonne foi agressés avec violence par ce projet de loi, et par la violence de certaines prises de position en faveur du projet gouvernemental. Certains sont des prêtres ouverts, enfants de Vatican II, bien formés, pas crispés, sans rien de traditionnalisme. Comment cela est-il possible ?

 

L'homosexualité a cela d'étrange qu'elle est une différence invisible. S'il y a bien sûr quelques clichés sur l'homosexualité, si certains y ressemblent vraiment, et si certains chars de la Gay-Pride jouent là-dessus, pourtant, beaucoup de gays et de lesbiennes sont invisibles. Normaux. Banals. Et on peut vivre sans les voir. On peut, si l'on est convaincu qu'être homo c'est être "bizarre" (c'est pour cela qu'on dit "queer" en anglais), ne jamais leur mettre cette étiquette, puisqu'ils sont normaux.

 

L'homosexualité a cela d'étrange que ceux qui ont, un jour, pris conscience d'en être, sont passés par le doute, la fragilité, l'hésitation... bref le contraire de la proclamation, de l'affirmation de soi. Il suffit alors de vivre dans un milieu où, sans méchanceté, sans y penser, on entend ses amis glisser une remarque dévalorisante pour les homos, pour savoir qu'on ne doit rien dire.

Et pour laisser ces amis, en toute bonne foi, sans être plus homophobes que d'avoir repris quelques bons mots qui passent par tout, vivre comme si l'homosexualité n'existait pas. Ou comme si elle n'existait que chez quelques fous parisiens.

 

Oui, ces braves amis, ces bons cathos, ils font peser une chape de silence, de tabou, terrible sur ceux qui en sont victimes, et pourtant ils le font sans s'en rendre compte. La plupart sont convaincus de ne pas être homophobes ; ils sont convaincus qu'ils accueilleraient bien le coming-out d'un des leurs. Mais voilà, ce n'est pas à eux d'en juger... et par trois petits mots de temps en temps, qui ne veulent apparemment rien dire, ils entretiennent ce silence qui, à nous homos, nous a tellement fait mal, et peur.

 

Celui qui prend la parole pour se dire homo se doit alors de briser le silence. Il doit trouver des mots qu'il n'a appris ni dans sa famille, ni dans sa paroisse, ni dans son école catholique. Il doit parler un jour après s'être tu longtemps. Comment s'étonner qu'il y ait, à ce moment-là, une part de violence, de rupture, qui semble venir attaquer le silence doux de ceux qui, sans le savoir, entretiennent l'homophobie ? Comment s'étonner qu'ils vivent cela comme une agression et qu'ils ne se sentent victimes ?... alors que ce sont eux les coupables ?

 

Il suffit de regarder tous ceux qui, maintenant que le gouvernement propose le "mariage pour tous", proposent d'autres projets : union civile, statut de beau-parent, etc... Ces propositions sont, d'un certain côté, magnifiques, et peut-être plus justes et plus subtiles que le projet du gouvernement. Mais il fallait les faire avant ! Pourquoi ont-ils attendu ? Pourquoi, s'ils sont en faveur de la justice et de la vérité, ne se sont-ils pas rendus compte plus tôt qu'il y avait un problème que l'Eglise et la société devaient résoudre ? Ils se réveillent bien tard.

 

En lisant l'évangile, je les trouve semblables à "ceux de gauche" dans l'évangile selon St Matthieu, ch. 25, v.31 et suivants : en toute bonne foi, ils demandent "Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé ou assoiffé, étranger ou nu, malade ou prisonnier, et de ne te point secourir ?" Ils n'ont rien vu de l'injustice qu'ils ont entretenu.

 

Reste, pour nous, à ne pas nous laisser prendre par la violence ni par les logiques binaires ou les polémiques.

Reste, pour nous, à vivre, en chrétiens, en homos, à la suite du Christ, cherchant la justice et la vérité, étant hommes et femmes de paix au milieu des conflits de ce monde.

Reste, pour nous, à aimer nos ennemis, à l'image de notre Père qui fait pleuvoir sur les justes et sur les méchants.

 

Publié dans Eglise

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BARRES André 30/06/2016 17:58

le baptême de l'église est une greffe qui nous remet en plénitude de l'être que nous sommes :au Père de Jésus-Christ Yahvé, au Fils Jésus et a l'esprit-saint, mais vous oublié qu'il faut une présence essentielle qui n'est pas une personne mais une présence fondamentalement: l'amour Divin qui est le vivant des trois personnes, il est aussi en toutes créatures et créations, mais surtout pour que ces trois personnes ne fassent qu'un dans l'hostie et le calice il faut l'amour divin qui est inconditionnel et aussi venant habiter notre temple et avoir une relation au trois personnes c'est l'amour divin.
Pour Sodome et Gomorrhe personne ne parle que la femme de Loth c'est transformé en statue ou stèle de sel, qui a dit (Jésus) " soyez le sel de la terre quand il vient a s'affadir il est bon a être piétiné". Jamais les religieux et les théologiens n'ont fait référence un instant a cela, ils n'ont senti que la viande cramé comme au "barbecue" comme Adam qui a vu d'Eve un morceau d'os et de chair monstruosité il est le coupable du péché original car l'homme dès sa création ne voit que les apparences en 2016 c'est la même chose. Il y a 2000 ans le Christ est venu sur terre pour éclairer intérieurement le royaume des cieux. Cette époque de Sodome était pour Abraham et sa lignée.
David et Jonathan il Y a 5 démarches chronologique qui commence l'âme de Jonathan s'attacha a l'âme de David SUITE A LA PAROLE oublié et ignoré de tous religieux de toutes les religions et aussi des théologiens, et a la 5 ème démarche dans la complainte de David a la mort de Jonathan / "Ton amitié mettait plus merveilleuses que l'amour des femmes" Erreur monumentale si l'on retiens que cet aspect c'est la parole qui déclenche l’amour de Jonathan à l'âme de David. Mais l'église est muette, "langue de bois". et vos débats n'en font pas mention et reste stérile pour donner la grâce Christique, vous allez continuer comme ça jusqu’à quand?????? les temps sont a la vérité???? des jeunes se suicides, des familles se disloquent devant cet amour et l'église muette n'accompagne pas et n'apaise pas les cœurs et les consciences. elle ( l'èglise) a peur de perdre son âme ecclésiastique.

MARIE veut HOMOs (es), DIVORCEES, REMARIEES,dans son coeur "église de son Fils Jésus", ils faut convertir les ecclésiastiques qu'ils rencontrent Marie a la Pentecôte silencieuse de Marie et aussi le jardinier du matin de Pâques de Marie Madeleine qui a lavé les pieds de Jésus et versé du parfum très cher sur la tête de Jésus, et aussi le bien-aimée qui a entendu battre la coeur de Jésus, l'église doit rencontré " les prostitués (es)" de toutes sortent, elle verrait le CHRIST parmi eux , je vous l'assure, mais elle ( les ecclésiastiques) est ( ou sont) trop orgueilleuse et ne veut surtout pas mettre les mains dans le "camboui" comme les mécaniciens des voitures ou des sages femmes qui elle lave le bébé de leur propre mains.

Claire 19/05/2013 13:05

J'actualise les infos concernant le chemin d'Emmaus, journée proposée par Monseigneur Daucourt à tous ceux qui sont concernés par l'homosexualité, leurs familles, leurs amis...le dimanche 30 juin,
à ville d'Avray (prière, partage, rencontre) site : chemindemmaus92@free.fr...

Solenne 13/03/2013 08:55

JHC,
j'entendais simplement aligner les points qui divisent fondamentalement les "pro" et les "anti".
Je suis navrée si vous ne le voyez pas ainsi, mais on entend à longueur de journée cet argument sous toutes ses formes : "si vous refusez le mariage aux homo, c'est parce que vous faites une
hiérarchie entre les formes d'amour où l'amour hétéro serait supérieur à l'amour homo". Que cet argument soit fondé ou non, c'est autre chose. Le fait est que si on prône l'égalité et si on fait du
mariage simplement la consécration d'un amour "sincère" (on pourra revenir sur ce terme aussi), alors oui, logiquement il n'y a aucune raison de le refuser aux couples de même sexe.
Là encore, du côté des "anti", l'argument de la formation d'une famille est primordial. Et pour ceux qui considèrent que la finalité première du mariage c'est la formation d'une unité de vie
appelée "famille", alors oui, l'hétérosexualité est supérieure à l'homosexualité en ce qu'elle permet en principe d'accomplir cette finalité.

Pour ma part, je pense que si la loi avait simplement créé quelque chose qui s'appelle "union civile", ouverte à tous, ouvrant peu ou prou les mêmes droits que le mariage, il n'y aurait pas eu
autant d'opposition. L'opposition vient de ce que le mariage (le mot, l'action et l'état) est chargé de symbolique. Même si le mariage civil est objectivement un acte civil créateurs de droits et
de devoirs, il reste un acte symbolique, social, personnel fort. Pour preuve, le nombre de couples non catholiques qui se marient à l'église, pas seulement pour faire plaisir à la famille, mais
pour donner du sens à leur mariage.
Même hors du religieux, le mariage a une valeur rituelle / sociétale. C'est un acte juridique mais chargé d'un sens symbolique qui sort du cadre strictement juridique.

Jean-Christian Hervé 18/02/2013 23:19

@Solenne vous écrivez:"le but du mariage est la formation d'une famille" et "mariage=consécration de l'amour"; sans vouloir vous vexer, je pense que vous faites partie de ceux qui n'ont pas compris
que le projet de loi parle - même si l'on n'a pas jugé opportun et je le regrette, de changer la terminologie - d'acte juridique appelé mariage civil.
Celui-ci n'a jamais conditionné le droit à la procréation (qui répond à une loi biologique et non pas "naturelle"), preuve en est le nombre d'enfants nés hors mariage et dont l’existence légale
n'est pas à ma connaissance remise en cause.
En conséquence, le mariage civil - que l'on serait mieux avisé de nommer union civile pour lui enlever la connotation religieuse qui n'a plus sa place dans notre république laïque - est un acte
juridique uniquement créateur de droits et de devoirs réciproques et vis à vis de la société (dans lequel il n'est d'ailleurs pas fait référence à quelque sentiment que ce soit), qui peut tout à
fait être conclu entre deux personnes du même sexe dès lors que ceux-ci sont librement consentants. Tout autre aspect, en particulier le caractère sacré, qu'il soit religieux ou profane et qui
relève de la liberté de pensée, que l'on cherche à introduire dans ce débat doit être considéré hors sujet et traité dans un autre débat,celui du mariage, interne et propre à chaque religion. C'est
pourquoi il nous appartient, vous avez raison, de prier Dieu pour qu'il nous éclaire sur notre façon, à nous catholiques, de traiter nos frères et sœurs homosexuels, au regard de leur démarche de
fidélité dans leur amour et de la fécondité propre à leur état.
La Paix du Seigneur soit avec vous!
J-C.H

Solenne 18/02/2013 16:00

Votre article me met un peu mal à l'aise, parce que vous semblez donner l'exemple d'un coming out difficile où les parents (l'entourage) se sentent agressés par la nouvelle alors qu'ils en seraient
coupables ? A vrai dire, c'est un peu plus complexe que ça, vous ne trouvez pas ? A tous, il y a des choses qui nous semblent naturelles, aller de soi, qui font partie de notre quotidien. Et tout
ce qui vient rompre ce quotidien nous choque.
Par exemple, lorsqu'une de mes cousines avec qui je m'entendais fort bien m'a annoncé voter pour le candidat FN de sa ville, j'ai été profondément choquée. Pourquoi ? Parce qu'ayant été élevée dans
un milieu, par des parents, dans des établissements où le FN représentait le Mal (avec la majuscule, oui, oui). Alors les réactions : choc, rejet, peur, consternation... et puis dialogue, tentative
de comprendre, acceptation (pas du choix fait, mais du fait que quelqu'un que je croyais si semblable à moi-même puisse faire des choix et avoir des inclinations si différentes et parfois
incompréhensibles pour moi).
Oui, la rupture est violente (pour reprendre vos termes). Mais toutes les ruptures le sont. Il est vain à mon sens de chercher des victimes et des coupables.

Après, pour rétablir un semblant de justice envers les gouvernements précédent. Il existe une union civile : elle s'appelle le PACS, elle est accessible aux homo, mais très peu utilisée par eux.
Elle gagnerait à être renforcée, à être chargée de sens (déjà le terme de pacte au lieu de celui de contrat est un bon début). Il y a eu des propositions de lois pour renforcer le PACS au cours des
années précédentes, elles n'ont pas abouti, notemment parce que beaucoup de députés de gauche ne voulaient pas pour les homos d'un pacs qui ressemblerait au mariage, mais d'un mariage pour les
homos.


Ma vision de ce débat (ben oui, débat, faut bien le dire), c'est qu'on ne le place pas sur le même niveau.

Du côté des "pour"
- égalité = même droits pour tous
- mariage = consécration de l'amour + reconnaissance publique et officielle d'un projet commun
- droit à fonder une famille (et non droit à l'enfant)
- ceux qui sont contre sont homophobes (ou des gros intégristes homophobes)
- les homos peuvent élever des enfants aussi bien que les hétéros
- la société doit évoluer
- la famille peut prendre plein de formes différentes
- c'est un engagement du gouvernement actuel

Du côté des "contre" :
- un enfant = un père + une mère (ce ne sont pas que des symboles, il y a un rôle ontologique de la distinction sexuée des parents)
- le but du mariage est la formation d'une famille (tiens, là tout le monde est d'accord XD)
- le mariage a un rôle social et anthropologique d'union symbolique
- la distinction de sexe est la seule distinction par nature dans le genre humain : et ce pour une raison
- la question du mariage va conduire à la PMA et la GPA
- les socialistes ont déjà menti par le passé au sujet du PACS, ils peuvent le faire sur la GPA et la PMA
- la famille est la base de la société : les changements apportés à cette famille doivent être l'objet d'un débat national

Par ailleurs, c'est difficile de trouver des endroits où le débat se fait de manière apaisée. Chacun se sent agressé dans son être, dans ses convictions. C'est notre devoir, en tant que chrétiens
de se démarquer de cette attitude et accueillir avec la Charité du Seigneur nos frères qui ont une autre opinion que nous. Cela ne dispense pas d'être ferme et vrais, mais dans en priant l'Esprit
de nous inspirer de manière juste. Ses dons, et notamment celui de conseil, nous permettent d'aborder le débat sans haine, sans peur et sans agressivité.
Et prier, toujours prier. Est-ce que vraiment tous ceux qui sont allés manifester contre cette loi ont passé autant de temps à prier pour les homos que cette loi concerne et pour les gouvernants
qui sont en charge de l'élaborer et de la voter ?

UdP
Solenne